« Sur la question de la gestion de crise de janvier et février, mes réponses ont visiblement clos l’idée que le gouvernement n’aurait pas agi. » Agnès Buzin, Journal janvier-juin 2020-page 458, Flammarion, 2023.
Dans son journal Agnès Buzin, ministre des Solidarités et de la Santé sous le premier gouvernement d’Emmanuel Macron, « livre sa version de l’histoire en s’appuyant notamment sur ses SMS, échanges d’e-mails et historique de ses appels avec le couple exécutif » (Emmanuel Macron et Edouard Philippe) sur la gestion de la crise Covid-19.
Le 16 février 2020, elle démissionne du ministère de la Santé pour se présenter aux élections municipales de 2020 à Paris, en pleine pandémie. L’opposition et les personnels de santé dénoncent un « abandon de poste » et appellent à une mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui. S’ensuivent une commission d’enquête parlementaire et l’annulation par la cour de cassation de sa mise en examen le 20 janvier 2023.
Une ou deux questions cependant : Dans quel but Agnès Buzin publie son journal ? Pour se justifier par un long plaidoyer ? Prouver qu’elle a fait au mieux dans des moments difficiles, ou est-ce pour « démystifier » la gestion politique chaotique de la crise Covid par son président de la République ?
Victime
Dans les quelques 493 pages de son livre, elle démontre a posteriori – trois ans après les faits quand même – que, non seulement, elle a eu une vision juste bien avant tout le monde mais de plus qu’elle a tenté, souvent en vain, d’alerter diverses autorités (médicales, hospitalières, politiques, internationales…) de l’ampleur de la catastrophe nationale et internationale qu’allait produire la propagation de ce virus.

Alors qu’elle n’a plus rien à perdre, sauf l’honneur, elle tente néanmoins de justifier sa décision de participer aux municipales de mars 2020 et d’abandonner ainsi son poste de ministre en pleine pandémie à la demande insistante d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, évidemment. « Ils m’ont toujours soutenue », comme elle le souligne de manière assidue tout au long des pages de son journal.
Loin de nous, l’idée qu’Agnès Buzin n’est pas eu conscience, dès le 1er janvier 2020, de l’ampleur que pouvait prendre une pandémie virale. La Chine venait de lancer une alerte la veille au soir auprès de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Elle a suivi des études de médecine, tout de même.
Ce qui ne l’a pas empêchée de déclarer le 24 janvier 2020 que « le risque d’importation [du virus] depuis Wuhan est pratiquement nul »et que « le risque de propagation est très faible » alors que trois premiers cas de Covid-19 sont enregistrés en France.*
Ces déclarations sont curieusement omises dans son journal. A la date du 24 janvier, elle souligne amplement son inquiétude car « l’OMS a refusé de lancer une alerte internationale ». Sans commentaire…
Tous responsables, tous coupables
Bien sûr, nous ne pouvons que faire écho à ses propos : « La crise exhume et encense les mégalos, et protège les silencieux passe murailles ; tous les autres, rationnels et courageux, se font injurier ». Durant la première moitié de l’année 2020, la crise Covid-19 a été l’occasion pour beaucoup de commenter à peu de frais sur les médias friands de scandales.
Tout un petit monde d’opportunistes s’y fait largement remarquer : de grands professeurs en quête de prix Nobel, des gourous du bien-être, des lobbies pharmaceutiques prêts à renforcer leur trésorerie, des opposants politiques s’opposant à tout… tous détenant le remède universel, la solution miracle à un virus nouveau-né dont personne n’avait encore mesuré la malfaisance.
Et plus encore, des avocats avides d’argent prêts à défendre l’impossible « véritable cause » : car il faut rendre justice au peuple. Un peuple qui se sent oublié de tous et vit dans l’angoisse et, aurait surtout besoin de véritables explications et conseils scientifiques que ni les gouvernements, ni leurs opposants ne lui ont donnée durant cette période. Un déferlement d’incompétence !
On ne peut nier qu’Agnès Buzin ait servi de soupape à la cocotte-minute qui a mijoté les gestions politiques de cette pandémie et, que certains propos à son encontre, notamment antisémites, sont inadmissibles. Mais on ne peut nier, non plus, sa participation aux plus hautes décisions de l’Etat : elle fût, entre autres, présidente du collège qui dirige la Haute Autorité de santé (2016-2017), ministre des Solidarités et de la Santé au sein du premier et du second gouvernement Édouard Philippe. Et ce n’est sans doute pas un hasard, si elle a été nommée envoyée du directeur général pour les affaires multilatérales à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2021 et conseillère maître à la Cour des comptes à partir du 1er septembre 2022.

Tout a une fin… ou un commencement
Le 20 janvier 2023, Agnès Buzyn passe sous le statut de témoin assisté de son procès et, elle ne peut donc plus être renvoyée devant la Cour de Justice de la République pour y être jugée. Et puis, finalement, elle publie son journal dans des conditions plutôt favorables.
Concluons sur un paragraphe de son épilogue : « Notre seul avenir est européen, dans une Europe renforcée, souveraine et qui ose s’affirmer… Poursuivons le sursaut que la guerre en Ukraine nous a imposé sur l’ensemble des politiques publiques, défense, fiscalité, droits, recherche et développement. Les élections à venir, à cet égard, seront cruciales ». Elle qui répète de manière insistante qu’elle n’a pas l’instinct politique.

Mercredi 9 mars 2020 (page 303) :
Président de la République (PR) : « …A vous de jouer. Vous avez toute ma confiance. Je vous embrasse. »
Agnès Buzin : « Merci M. le Président, courage à vous aussi pour tout ce que vous avez à affronter. Je vais faire de mon mieux pour vous et pour nous. »
PR : « Soyez vous et soyez forte ! »
Un bon soldat.
Agnès Farkas, Critique de livre, le 7 novembre 2023
- (Chloé Hecketsweiler et Solenn de Royer, « Agnès Buzyn a défendu sa gestion de la crise due au coronavirus devant les députés » , Le Monde, 1er juillet 2020)
Ah bon, tu as fait peur au Président ?
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Facile
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