Victimes des statistiques

« Les faits sont têtus, il est plus facile de s’arranger avec les statistiques. »

Marck Twain

Depuis trois siècles, l’antivaccinisme touche toutes les couches de la société et la plupart des courants « antivax » modernes reprennent les arguments nés au XVIIIe siècle : Oppositions religieuses, arguments écologiques, préventions contre une industrie Big Pharma, auxquels il faut ajouter la théorie des statistiques.

Selon Pierre Chaillot, son livre «Victimes des vaccins Covid 19 » serait le « seul ouvrage de recherche statistique sur le Covid 19 ». Soit, mais il n’innove en rien sur ses prédécesseurs dans le domaine. Un livre de plus qui ira garnir les étagères des librairies.

Les pièges de la statistique

La science de la statistique se perfectionne au XVIIIe dans un rôle prévisionnel avec la construction des premières tables de mortalité et va d’abord servir aux compagnies d’assurances sur la vie. C’est sensiblement à la même époque qu’Edward Jenner* découvre la vaccine et fait face à des « vaccinophobes ». Leur argumentation récurrente survit encore au XXIe siècle, alors qu’un grand nombre de personnes bénéficient et sont des utilisateurs consommateurs quotidiens de retombées scientifiques et technologiques des grandes découvertes issues de ces trois derniers siècles.

Au milieu du XVIIIIe siècle, le statisticien belge Adolphe Quetelet fut le premier à proposer l’usage des statistiques dans l’étude du comportement humain et de la société. « La physique sociale » de Quetelet sera rebaptisée « Sociologie » par Auguste Comte. Cette mécanique mathématique bien huilée est établie sur la base de « chiffres officiels ». Elle entre dans beaucoup d’études scientifiques ou prétendues telles qui, soit sont les victimes de ces interprétations abusives, soit les utilisent à leurs propres fins.

Malheureusement, les données statistiques regorgent d’évidences trompeuses, de pièges et parfois d’arnaques. D’ailleurs elles sont largement utilisées en politique comme, par exemple, les fameux instituts de sondages d’opinion de Nicolas Sarkozy.

Elles ont aussi la faveur des acteurs de la grande distribution qui proposent au consommateur un site « comparateur » qui « permet de mesurer les différences de prix des différentes enseignes ». Les publicitaires se gardant bien de préciser qu’ils ne font qu’un choix partiel des produits.

Pierre Chaillot affirme que son système statistique est infaillible et se sert « des chiffres officiels » issus de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) pour comptabiliser les décès surnuméraires dus aux vaccins anti-Covid. Il utilise un présupposé trompeur des statistiques concernant les corrélations.

C’est-à-dire ce qui concerne toutes les informations qui prétendent établir une relation entre un effet et une cause.

Soulignons ici que nos dirigeants se servent, bien trop souvent, des données de l’INSEE pour se défausser de leurs responsabilités. Pourquoi douter de leurs prises de décisions puisque les calculs statistiques confirment la justesse de celles-ci ? Les statisticiens de McKinsey ont fourni les données supplémentaires qui ont conduit aux atermoiements du gouvernement pendant la crise du Covid… à un coût prohibitif. La double peine fut ainsi assénée aux contribuables et aux services publics.

Alors, pourquoi Pierre Chaillot utilise-t-il les mêmes sources pour évaluer « les décès surnuméraires » dus aux vaccins sur un « modèle de prédiction du nombre total hebdomadaire à partir du nombre de décès dans le passé et de décès Covid déclarés » ? Ici, il faut souligner le terme « modèle de prédiction ».

Autrement dit, l’auteur précise qu’il se contente d’estimations et de prédictions pour conforter sa thèse. C’est ennuyeux, pour quelqu’un qui affirme détenir la vérité.

Nous pouvons en conclure que la science de la statistique est une force d’utilisation orientée des choix tant par les autorités en place que par leurs opposants. La manipulation des données sert donc malicieusement à la manipulation des esprits. Soyons vigilants !

Agnès Farkas, Critique de livre, 25 janvier 2025

* Le 14 mai 1796, Edward Jenner « vaccine » un enfant contre la variole. Au XVIIIe siècle, 60 % de la population contractait ce virus et 20 % en mourait. Les premiers « vaccinophobes » lancent une campagne virulente sur de prétendus dangers du vaccin. Le vaccin serait non seulement responsable de « milliers de victimes » mais entraînerait inéluctablement une « décrépitude de l’espèce humaine ».

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